Chanoines réguliers de Prémontré
14
Oct
S. Callixte Ier, pape et martyr

Au bois sacré

Amour est un bois sacré, Amour est le bois sacré lui-même, et c’est sans négociation possible.
Amour commande aux animaux sauvages qui y habitent, les cerfs beiges et les cerfs blancs, eux qui
savent si bien passer du monde visible au monde invisible, les renards et les oiseaux de nuit, douce
chouette et blaireau paisible.

Amour peut se faire oublier, s’il le veut, c’est ainsi. Il commande alors aux
éléments une grande fumée, d’une douceur acre et bleue[1] qui ceint et qui donne le sommeil.

Dors, dors, tu ne verras pas Amour, il se cache, loin des tribulations de la vie au quotidien.
Il travaille pour toi, à bâtir un monde de paix et de douceur. Il érigera pour toi un royaume, à
l‘endroit même où tu t’es endormi, au centre d’un cercle parfait.

Dors, dors, la fumée bleue agit en cachette. À la périphérie du cercle, l’herbe douce en porte le tracé linéaire, à peine brûlé d’un feu éternel qui ne se voit pas. Le portail est là, lourd et monumental, forgé d’or.

Pour qui y rentre, un nouveau monde s’ouvre et s’offre, monde qu’il faut chercher avec un regard neuf.
À toi qui cherches, saches qu’il a posé ses conditions.

Peut-être que tu seras passé et repassé devant des milliers de fois, traînant les pieds et la tête baissée comme un pauvre fantôme pitoyable.
Le feuillage des chênes, des châtaigniers et des hêtres chante, bercé par le vent tiède de l’automne.
Gardiens de l’âme, ils se balancent, secouant leur tête de droite et de gauche, ils plient en suivant une
chorégraphie que eux seuls connaissent.

Ils courtisent la lumière et le ballet des ombres rejoint celui des petites lumières, faites d’étincelles et de reflets qui courent sur le sol sec comme jamais.

Voici le premier cadeau, la première grâce. Seuls ceux et celles qui s’aiment peuvent le voir. Et sous ce ciel changeant, ils font croître en l’autre ce que chacun et chacune porte de plus précieux.

Voici le deuxième cadeau, la deuxième grâce.
Pour tout dire, enfin, au plus profond du bois sacré, il y a aussi les enfants. Ce sont eux qui choisissent
leurs parents. Un enfant-fille ou un enfant-garçon vous choisira peut-être, s’il y a lieu.

Voici le troisième cadeau, la troisième grâce.

Fort de toutes ces bénédictions, tu pourras revenir dans le monde de tous les jours. Amour, le bois sacré,
présent depuis des temps immémoriaux, restera où il est. Si tu as besoin de lui, demande seulement avec le coeur et tu retrouveras le chemin, tu franchiras à nouveau le portail forgé d’or, en suivant des yeux le tracé que l’on ne peut pas percevoir du cercle qui l’abrite.

Ceseta

[1]Motif emprunté au conte « La fontaine d’argent », conte landais,
Réclams de Biarn e de Gascounhe,année 1900, p.6 a 9. La fumée est un motif fréquent dans l’imaginaire médiéval pour
faire passer d’un monde à un autre, le monde des humains et le monde des fées.
Au bois sacré est un conte imaginé et rédigé par Ceseta.