Chanoines réguliers de Prémontré
31
Mai
Sainte-Trinité, solennité

Naître et devenir

Naître et devenir

La danse des pétales de merisiers caressés par le vent chaud d’un printemps presque trop estival dura quelques jours.

Blancs et nacrés. Autour de la maison, il y a, c’est exact, quelques treize merisiers.

À l’observation de ce spectacle, il y avait de quoi nourrir quelques craintes à cause du froid annoncé après
une période de printemps où tous les bourgeons s’étaient employés à faire éclore leurs fleurs.

Aussitôt après, le froid avait duré quelques jours, avec la crainte que la morsure hivernale ne brûle pas tout.

Et puis non, la beauté avait gagné et s’était sauvée de ce péril, repliée en secret entre deux collines à l’abri des vents du nord.

Naître, le temps un peu suspendu, dans ce lieu secret en effet, on attendait la naissance d’un
bébé fille.

Les fleurs avaient protégé, défendu et accompagné cette naissance.

Naître à la vie sur Terre, quel mystère !


La petite, au joli prénom d’une duchesse d’Aquitaine était née en ce temps suspendu de pluie de pétales
de merisier.

Elle avait duré longtemps, cette conversation entre l’air doux et la délicate chute, par milliers, des pétales ! Blancs et nacrés.

La grand-mère, appuyée au portail, était restée en contemplation devant cette chorégraphie aléatoire dont le chef d’orchestre était le souffle du vent.


Naître donc, c’était le verbe du moment,
Naître à la pluie quand l’air se fait canicule,
Naître à la pluie quand la terre se fait fentes, fissures, mendiant l’eau qui la sauvera de la sécheresse,
Devenir la pluie, murmurer comme l’eau du ruisseau.


Naître à la prière, demeurer en présence,
Devenir la prière quand les mots se font sans saveur,
Devenir la prière quand la faillite des paroles signe leur défaite.


Naître au soleil chaque matin,
Devenir le rayon qui réchauffe le cœur,
Naître au rayon de soleil qui réveille l’âme,
Naître à l’accueil de la vie à venir dans ce temps pascal.

Ceseta


[1]« Vàder » est employé dans quelques territoires de Gascogne pour signifier indifféremment« naître » et « devenir ». Ainsi,
« vàder vielh », « devenir vieux » peut être compris comme « naître à la vieillesse».